Déchets sols pollués

L'ACTUALITÉ > Transport maritime : une semaine décisive pour (enfin) réduire les pollutions

25/10/2016 -

[Mer et littoral / Santé / Transports et mobilité] Le Comité de la protection du milieu marin (MEPC) de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) doit se réunir cette semaine pour décider des nouvelles règles applicables en matière d’émissions de soufre et de dioxyde de carbone du transport maritime international. L'enjeu est de taille : le transport maritime est à la traîne et se doit de mener (enfin) une politique volontariste pour réduire ses nuisances sur notre santé et l'environnement.
 

2020 ou 2025 ? 200 000 morts prématurées dans la balance

Fioul lourd, diesel marin... les carburants des navires ont une teneur en soufre jusqu'à 3 500 fois plus élevée que le diesel que nous mettons dans nos voitures. Une fois brûlé, ce carburant rejette du dioxyde de soufre, un polluant réglementé, connu pour son impact sanitaire (maladies respiratoires, bronchites, irritations de la gorge) et environnemental (pluies acides) important.

Premier enjeu de cette semaine : déterminer la date d'application du taux maximal de soufre à 0,5 %  pour toutes les mers du globe (hors zones SECA[1] déjà à 0,1%). Le comité de la protection du milieu marin (MEPC) de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) doit choisir entre une application en 2020 ou en 2025.

Un report de 5 ans pourrait entrainer 200.000 morts prématurées dans le monde selon une étude réalisée par des chercheurs américains et finlandais. C'est pourquoi, France Nature Environnement enjoint l'OMI à appliquer cette règle dès 2020, une demande également soutenue par l’association européenne des ports ESPO. Nous nous opposons fortement au lobbying mené par BIMCO, plus grande association dédiée au transport et aux services maritimes au monde qui milite pour une mise en place en 2025. Cette réglementation est applicable dès 2020 puisque, comme le démontre une étude de l’OMI, les armateurs disposeront des stocks nécessaires de fioul faiblement soufré.

Une réglementation sur les émissions de CO2 dans le brouillard

Deuxième enjeu de la semaine : préciser le suivi des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime à travers une définition de la mise en place d'un mécanisme mondial de surveillance, de déclaration et de vérification voté en avril dernier. Seulement, la solidité, la transparence et la cohérence du mécanisme risquent de ne pas être au rendez-vous du fait d'inquiétants signaux des supposés meilleurs élèves.

En effet, ce mécanisme existe déjà à l'échelle européenne, mais l'Europe a dernièrement brouillé son message. Alors qu'elle avait pris les devants et devait appliquer un tel mécanisme dès 2018, la commission industrie du Parlement européen a voté le 13 octobre un inquiétant recul. Elle demande la révision de ce mécanisme européen ce qui risque de retarder sa mise en application et lance un mauvais message à l'OMI : comment inciter cette dernière à faire des efforts quand d'autres semblent faire machine arrière ? Une décision également incompréhensible à seulement un mois de la COP 22.

Pour Denez L’Hostis, président de France Nature Environnement : « Il est primordial que les acteurs du transport maritime se saisissent des enjeux environnementaux et fassent en sorte que le transport maritime devienne un mode de transport plus respectueux de l’environnement. L’Organisation maritime internationale a trop souvent déçu la communauté internationale par la mollesse de ces décisions. Cette réunion ne doit pas être une nouvelle occasion manquée ! »

[1] SECA : sulfur emissions control areas ou zones de contrôle des émissions de soufre

Communiqué FNE du mardi 25 octobre 2016