Déchets sols pollués

L'ACTUALITÉ > Dragage : une pollution inavouée

18/05/2016 -

[MER ET LITTORAL] Malgré les dispositions du Grenelle de la mer et les engagements des dernières conférences environnementales, la gestion des sédiments de dragage n’est toujours pas durable, et l’immersion en mer de ces sédiments ne fait l’objet d’aucune remise en question sérieuse par le gouvernement français. Face à l’augmentation du nombre d’opérations de dragage, France Nature Environnement (FNE) demande que le gouvernement prenne, enfin, en charge le dossier des opérations de dragage des sédiments marins et estuariens qui menacent nos écosystèmes.

Passer des paroles aux actes !

Le dragage et le rejet de boues et sédiments pollués, opérations qui consistent à extraire des sédiments situés sur le fond d'un plan d'eau pour permettre notamment la navigation dans les ports, conduisent à disperser des substances polluées accumulées durant des années et/ou à rejeter des blocs vaseux qui étouffent des habitats et espèces sous-marines et perturbent la transparence des eaux. Ces opérations sont donc néfastes pour l’environnement. Pourtant, la prise de conscience de l’impact environnemental des opérations de dragage a été relativement récente. En 2009, un engagement du Grenelle de la mer demandait l’interdiction du « rejet en mer de boues de dragage polluées via la mise en place d’une filière de traitement de boue et de récupération des macro-déchets associés » et à « faire évoluer les pratiques d'entretien des estuaires, espaces portuaires et chenaux d'accès et les modalités de gestion des sédiments et boues de dragage ».Force est de constater qu’aujourd’hui, rien n’a réellement changé et que le nombre d’opérations de dragages s’est intensifié. En effet, chaque année, en France, 50.000.000 m3 de sédiment sont dragués et 90% de ces dragages ont lieu dans des ports estuariens ! Quant au devenir de ces sédiments dragués : 95% sont immergés et 5% sont gérés à terre.

Face à ce constat, en s’appuyant sur les projets européens existants, FNE appelle le gouvernement à prendre en main, dès maintenant, un ambitieux programme de recherche-développement pour créer une vraie filière de valorisation des sédiments puis d’élimination des boues de dragage. Il faut faire du développement des alternatives au clapage (rejets en mer) une priorité nationale et améliorer les modalités des dépôts à terre par des démarches à une maille territoriale pertinente.

Sur le terrain, une multiplication des projets

FNE et ses associations présentes dans les territoires s’inquiètent de l’augmentation du nombre d’opérations de dragage qui trouve notamment sa justification dans l’augmentation de la taille des navires et par conséquent de la taille des ports de commerce et de plaisance. Dernier exemple en date, le projet de dragage du port de Bayonne qui prévoitle dragage de1.025.000 m3 de sédiments par an, pendant 10 ans, pour permettre la navigation et l’accostage de bateaux de 20.000 tonnes ! Les sédiments seraient essentiellement rejetés en mer, d’une part au large à 4 km à l’ouest de l’embouchure de l’Adour et d’autre part le long de la plage balnéaire d’Anglet. Le projet concerne trois sites Natura-2000 et une Zone de Protection Spéciale.Que penseront les estivants quand ils apprendront que les plages et l’eau sont polluées par les boues de dragage du Port de Bayonne ?La SEPANSO Aquitaine, soutenue par FNE,s’opposevigoureusement à ce type de gestion irresponsable comprenant des rejets de sédiments pollués dans les eaux côtières.Ainsi, FNE préconise une meilleure conciliation de la préservation de la biodiversité et du développement des activités en promouvant le développement de filières de valorisation à terre des sédiments dragués en alternative à la pratique de l’immersion.

Pour Denez L’Hostis, Président de France Nature Environnement : « la mer n’est pas une poubelle ! Nous ne pouvons plus accepter de déverser sur les fonds marins et dans le milieu des tonnes de déchets souvent lourdement pollués !Face à la multiplication des projets, l’Etat doit faire du développement des alternatives au clapage une priorité nationale».

Communiqué FNE du mercredi 18 mai 2016

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