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L'ACTUALITÉ > Estuaire de la Seine : l'intimidation comme système

05/02/2013 -

La Réserve Naturelle Nationale de l'Estuaire de la Seine, dont la richesse biologique exceptionnelle doit être préservée d'une pression de chasse excessive, verra-t-elle les chasseurs aller jusqu'à en exclure les défenseurs de la nature ?
 

Gabion dans la réserve naturelle nationale

Redonner la priorité à la préservation de la biodiversité, permettre à la population de connaître, apprécier et défendre cet espace remarquable et menacé qu'est l'estuaire de la Seine : c'est ce que vise le processus engagé actuellement pour un nouveau plan de gestion de la Réserve Naturelle Nationale de l'Estuaire.
Mais cela suppose de revoir un certain nombre de pratiques d'"usagers" nuisant à ces objectifs et pouvant aller jusqu'à des abus et délits. Ces pratiques avaient été confortées par un arrêté préfectoral laxiste et non conforme au décret de création de la réserve ainsi que par une attitude souvent très permissive des pouvoirs publics.
Après plus de deux ans de procédure, et simultanément une inspection du ministère de l'Environnement suivie d'une mission de médiation, la Cour d'Appel Administrative de Douai a imposé de produire pour le 1er juillet 2013, sous astreinte, un nouveau plan de gestion respectant le décret.
Une série de réunions de concertation est lancée, avec pour base une note de cadrage de la préfecture s'appuyant sur la médiation, et qui devrait aboutir à rééquilibrer droits et devoirs, entre autres en réduisant significativement la pression de chasse, pour que la réserve redevienne un lieu de coexistence paisible, ouvert à la population, et véritablement axé sur la défense de la biodiversité.

Est-ce de cela que certains ne veulent à aucun prix ?

Samedi 2 février, journée mondiale des zones humides, étaient programmées une sortie sur le terrain organisée par la Maison de l'Estuaire et une conférence sur l'estuaire organisée par l'association SOS-Estuaire. Les deux ont été la cible d'opérations d'intimidation. Le matin, plusieurs dizaines de chasseurs, se présentant dans un tract comme "Chasseurs en colère", mais accompagnés du vice-président de l'ACDPM, ont empêché que se déroule la sortie nature. En fin d'après-midi, une quinzaine d'individus aux visages masqués ont cherché à pénétrer dans le lieu où se tenait la conférence et, n'y parvenant pas, ont maculé le hall et la façade de jets d'oeufs avant de s'enfuir. Avaient-ils l'intention de procéder à des déprédations plus graves et de molester les participants, comme cela avait été le cas lors d'une opération commando semblable de chasseurs en 2005 ? Nous ne le saurons sans doute pas, mais nous ne pouvons qu'alerter sur ce qui paraît bien un choix délibéré et non des "dérapages".


La fédération départementale des chasseurs de Seine-Maritime cautionne-t-elle de tels actes ?
Que penser du rôle de l'ACDPM (Association de chasse du domaine public maritime de la Baie de Seine) ?


La volonté de sabotage d'un processus de concertation qui dérange est patente, ainsi que celle de s'arroger le droit de décider qui peut avoir accès à la réserve.
Les accommodements laissant perdurer un tel état d'esprit ne peuvent qu'encourager conflits, déprédations et exclusions dont la réserve n'a que trop souffert.
Rien ne doit plus nourrir le sentiment chez certains d'être au-dessus des lois et de pouvoir poursuivre impunément intimidation, vandalisme, braconnage.

Nous attendons des pouvoirs publics une réaction forte et une position ferme à la fois pour mettre en œuvre les engagements du 26 mai 2010 et de la note de cadrage concernant la chasse dans la réserve et pour garantir la sécurité nécessaire à tout ce qui est entrepris pour défendre les richesses vivantes de l'estuaire et mieux faire connaître à tous ce trésor commun.

Communiqué HNNE du 6 février 2013